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Résumé de l'éditeur:

Ladydi, quatorze ans, est née dans un monde où il ne fait pas bon être une fille. Dans les montagnes du Guerrero au Mexique, les barons de la drogue règnent sans partage. Les mères doivent déguiser leurs filles en garçons ou les enlaidir pour leur éviter de tomber dans les griffes des cartels qui les "volent". Pourtant, Ladydi et ses amies rêvent à un avenir plein de promesses, qui ne serait pas uniquement affaire de survie.Portrait saisissant de femmes sur fond de guerre perdue d'avance, Prières pour celles qui furent volées est une histoire inoubliable d'amitié, de famille et de courage.

 

 

Lorsque j’ai débuté cette lecture, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, une seule chose était sûre : le sujet allait me plaire. Effectivement, si vous suivez le blog depuis un certain temps, vous avez sans doute remarquez que,  tout ce qui touche à la littérature féminine et les romans sur la condition de la femme est un sujet qui me tient à cœur.

Tout au long de ce roman, nous suivons Ladydi, cette jeune fille, qui, comme toutes les autres filles de ce village vit dans la peur. Cette peur de se faire enlever. A tel point que ce sentiment est devenu quelque chose de normal, il s’est ancré dans la vie de chaque mère, de chaque fille et est omniprésent, tournant autour d’elles chaque jour. Nous voyons la vie de ces femmes et leurs conditions de vie, la plupart abandonnées par leurs maris qui, partis aux EU, se sont créés une nouvelle vie, une nouvelle famille…

De la pauvreté du petit village aux dures conditions de vie dans les prisons pour femmes, tout en passant par la richesse de hauts personnages, Ladydi exécute une sorte de voyage : voyage au Mexique qui nous permet en tant que lecteur de découvrir ces choses, si horribles, mais qui existent bien ; voyage initiatique qui lui fait office de croissance : elle devient femme et elle apprend à vivre avec le monde qui l’entoure, et comprend des choses…

« Je m’appelle Ladydi Garcia Martinez et j’ai la peau mate, les yeux marron, des cheveux bruns et frisottés, et je ressemble à tous ceux que je connais. Lorsque j’étais enfant, ma mère m’habillait en garçon et m’appelait Gamin. »

« En tant que fille, j’aurais été volée. Si les trafiquants de drogues apprenaient qu’il y avait une jolie fille dans le coin, ils arrivaient sur nos terres dans leurs 4X4 noirs et emportaient la gamine. »

 

En soit, ce n’est pas un roman sur une seule vie, mais sur la vie des femmes dans cette partie du Mexique, sur le sort qui leur est réservé dès leur naissance juste parce qu’elles naissent femme ; sur cette peur qui se créé dès leur premier souffle dans ce monde ; sur ce sentiment qui prend place devant l’amour et la joie de vivre…

Un roman sur le vol de fillettes, sur les trafics en tout genre, sur la question de l’émigration (notamment avec la frontière qui sépare les EU du Mexique), sur la condition de la femme

« Les femmes tombaient enceintes lors des visites conjugales, autorisées par l’administration. Certaines le devenaient parce qu’elles étaient engagées comme prostituées par les gardiens dans les cours criminelles et les tribunaux. Ces rencontres avaient lieu dans les toilettes. »

 

Un roman grâce auquel j’ai appris énormément de choses, des choses pas « roses » du tout, mais des choses qu’il est nécessaire de savoir ! Avant cette lecture, je ne savais même pas (ou très peu) que, dans un pays, des mères déguisent leurs filles en garçons et les élèvent comme tel aux yeux de tous, de peur qu’on ne leur enlève la chair de leur chair. Avant cette lecture, je ne savais même pas (ou très peu) que le terme « bébé poubelle » pouvait vraiment exister…. Avant cette lecture, j’avais sans doute un regard trop positif voire enfantin du monde…

D’une écriture simple mais précise, Jennifer Clement nous rend compte de ces faits, ceci sans tomber dans le larmoyant. Et c’est aussi ce qui fait le charme de ce roman. C’est un roman coup de poing, un livre que je conseille vraiment à tout le monde.

 

Bonne Lecture :)